Saggi di Andrea Vitali

Le Tarot Arithmologique

La séquence arithmologique du nombre pentagonal 22 = 1+4+7+10

 

Al  momento siamo in grado di offrire questo importante saggio di Alain Bougearel, Maître ès -Lettrese della Société des Gens de Lettres de France oltre che nostro partner, in lingua originale. E' comunque prevista nel tempo una sua traduzione in Italiano.

 


Introduction: l’Escalier mystique des 22 allégories picturales
 
A un moment de l’histoire, probablement au plus tard avant que le fin du denier quart du XVè siècle, le nombre des cartes finit par se fixer à 78 soit 56 + 22..
 
“Le jeu des Tarots est fondé sur 56 cartes numérales dites italiennes, mais en fait d’origine arabe (denier, coupe, bâton et épée), arrivées en Italie dans le XIVe siècle et 22 cartes comme Triomphes introduites au cours du XVe siècle en Italie. Ce jeu a été probablement inspiré par les Triumphi de Pétrarque. Le tarots sont devenus, au cours du XVe siècle, 22 allégories picturales d'un nouveau jeu, 22, numéro qui, dans la mystique chrétienne, signifie l'importance de l'introduction à la sagesse etaux enseignements divins inculqués et imprégnés chez les hommes. Une évolution qui dénonce uneadaptation progressive de ces «cartes de jeu» vers des exigences de nature religieuse, peutêtrepour répondre aux souhaits de l'Eglise, qui avait régulièrement jugé diaboliques ces jeux de cartes. La théologie médiévale attribue à l’univers un ordre précis, constitué d’un escalier symbolique qui va de la Terre jusqu’au Ciel: du haut de cet escalier, Dieu, la Cause Première, gouverne le monde, sans toutefois intervenir directement mais en opérant ex gradibus, à savoir par le biais de toute une série ininterrompue d’intermédiaires. C'est ainsi que Sa puissance divine est transmise aux créatures inférieures, et ce, jusqu’au mendiant le plus humble. En revanche, si nous lisons cette symbologie depuis l’EnBas jusqu’à l’En Haut, il nous est enseigné que l’homme peut graduellement s’élever dans l’ordre spirituel en gravissant les cimes du bonum, du verum et du nobile, et que la science et les vertus le rapprochent de Dieu”.
(Andrea VITALI: http://www.letarot.it/cgi-bin/pages/mostra_tarocchi_in_francese_per_sito.pdf)
 
I. La plus ancienne source littéraire connue: Anonyme, Sermones de ludo, circa 1500
 
La première liste de tarots connue, celle des Sermone de ludo cum aliis, apparaît au début du Seizième siècle, écrite par un prédicateur dénonçant le jeu. Cependant, la séquence est conforme précisément aux enseignements éthiques de l'Église.
 
 
                                                 http://www.tarotpedia.com/wiki/Sermones de Ludo Cum Aliis
 
Le Bateleur représente un homme pécheur.
(Andrea Vitali, op. cit.)
 
Il se devra de surmonter le désir par la pratique de la vertu de Tempérance de même que sa soif de pouvoir (Chariot) par la maîtrise de la Force. Il se rendra alors compte du caractère transitoire de toute ambition humaine (Roue de Fortune).
(A. BOUGEAREL, Origines et histoire du Tarot, p. 21, Editions Envol, Toulouse, France, 1997)
 
Ainsi l’Ermite, qui vient après la Roue, représente le Temps auquel chaque être doit se soumettre tandis que le Pendu avertit du danger de céder à la tentation et au péché avant l’arrivée de la Mort physique.
 
Même la vie après la Mort est représentée selon la conception propre au Moyen Âge: l’Enfer, et partant, le Diable, sont placés au centre de la terre tandis les sphères célestes sont audessus de la Terre. Conformément à la vision aristotélicienne du cosmos, la sphère terrestre est entourée des "feux célestes", représentés, dans les Tarots, par la Foudre qui tombe sur une Tour. Les sphères planétaires sont ‘synthétisées’ en trois planètes principales: Vénus, l'Ètoile prééminente, la Lune et le Soleil. L’étoile la plus haute est l’Empyrée, où siègent les Anges qui, lors du Jugement dernier, seront chargés de réveiller les Morts dans leurs tombes: quand la Justice divine triomphera pesant les âmes pour séparer les bons des méchants. Au sommet de tout cet agencement se trouve le Monde, à savoir Dieu le Père, ainsi que l’a écrit un moine anonyme qui commenta les Tarots à la fin du XVe siècle. Ce même auteur place le Fol après le Monde comme s’il s’agissait d’indiquer qu’il est étranger à toutes les règles et à tous les enseignements, car étant donné son manque de raison, il n'était pas en mesure de comprendre la vérité révélée. La pensée de la Scolastique, qui visait à renforcer les vérités de la foi à travers l'usage de la raison, réunit dans la catégorie des fous tous ceux qui ne croyaient pas en Dieu.
 
Note: Dans les Tarots, la présence du Fou acquiert ultérieurement une signification plus profonde: le fou possédant la raison mais n'étant pas croyant, devait devenir, à travers les enseignements exprimés par l’Escalier Mystique, le Fou de Dieu, comme le deviendra François, le saint le plus populaire, qui fut nommé «Le saint Ménestrel de Dieu et le Saint Fou de Dieu».
(Andrea VITALI, op. cit.)
 
II. Le Nombre Pentagone 22 et les 22 sujets allégoriques
 
Ces 78 cartes comprennent 56 cartes emblématiques (40 numérales [10x4] + 16 figures [4x4]) et 22 sujets allégoriques.
 
L’arithmologie pythagoricienne de Nicomaque de Gérase de même que Jamblique ou Théon de Smyrne (Cf: Note 1) est celle qui en définit mathématiquement les nombres triangles, carrés et pentagones sachant que:
 

 
10 est un Nombre Triangle de base 4

16 est un Nombre Carré de base 4

22 est un Nombre Pentagone de base 4
 
 
Explications préliminaires à propos des nombres figurés:
 
“Les nombres hexagones, heptagones, octogones, etc., donneraient lieu à des tableaux analogues. Ces tableaux s'expliquent par les observations suivantes:
 
1° Chaque nombre de la série naturelle est le côté du nombre polygone correspondant.
 
2° Chaque série de nombres polygones commence par l'unité, qui, suivant une expression empruntée à la Métaphysique d'Aristote, n'est un nombre triangle, carré, pentagone, etc., qu'en puissance (δυν μει), c'estàdire virtuellement, tandis que les nombres suivants de chacune de ces séries sont triangles, carrés, pentagones, etc., en acte (νεργε α) c’estàdire effectivement. Chaque nombre polygone d’une même série contient le nombre polygone précédent, plus la différence, et par conséquent chacun de ces nombres est la somme de toutes les différences précédentes.
 
3° Ainsi les différences sont en même temps les nombres composants des nombres polygones. Les nombres composants ou différences forment des séries dont le premier terme est toujours l'unité, et dans lesquelles chacun des nombres suivants est égal au précédent + 1 pour la formation des nombres triangles, au précédent + 2 pour la formation des nombres carrés, au précédent + 3 pour la formation des nombres pentagones, au précèdent + m – 2 pour la formation des nombres qui ont un nombre m de côtés.
 
4° Le côté de chaque nombre polygone a autant d'unités qu'il y à de nombres composants compris dans le nombre polygone correspondant. Les noms de triangles, de carrés, de pentagones, etc., donnés à ces nombres, s’expliquent par des figures géométriques, où les unités, représentées par des points, sont distribuées régulièrement, de manière à montrer comment chaque nombre polygone d'une série comprend le nombre polygone précédent plus la différence, et est la somme de toutes les différences ou nombres composants qui précédent”.
(Th. Henri MARTIN, Doyen de la Faculté de Lettres de Rennes France, Membre correspondant de l’Académie des Sciences de Berlin Allemagne, Traduction du Grec en Français de l’Introduction arithmétique de Nicomaque de Gérase, chapitres IX et XX du Livre II avec Remarques du Traducteur, 1856 Rennes France)

Série des nombres polygones (qui peuvent être ou triangles ou carrés ou pentagones).

"...

Série naturelle des nombres notés sur le côté inférieur des diagrammes:
 
Triangles                                                1 2 3 4

Carrés                                                     1 2 3 4

Pentagones                                      1 2 3 4
 
Série des nombres composants ou “différences” notés vers la gauche de bas en haut de chaque diagramme:

Triangles                                              1 2 3 4
 
Carrés                                                  1 3 5 7  

Pentagones                                   1 4 7 10


Série des nombres polygones” notés audessus de chaqye figure:


Triangles                                           1 3 6 10
 
Carrés                                               1 2 9 16

Pentagones                                    1 5 12 22

..."
(H. Martin, op. cit.)

Figuration géométrique des nombres polygones triangles carrés et pentagones:
“Les figures manquent ici dans les manuscrits, et dans les éditions de l’Introduction Arithmétique de Nicomaque; mais on les trouve dans l'édition du Commentaire de Jamblique et dans les deux éditions de l’Arithmétique de Théon de Smyrne”. (Th. Henri MARTIN, op. cit.)
 
De légers traits reliant ensemble les points appartenant à chacun des nombres composants ont été surajoutés à la main aux figures arithmologiques d’origine c’est à dire aux diagrammes des triangles, carrés et pentagones et ce afin de mettre en évidence ces nombres, qui, en s'ajoutant, forment chaque nombre polygone.
 
La disposition arithmologique des 22 sujets allégoriques du Tarot est celle de la génération pythagoricienne du Nombre Pentagonal 22: 1+4+7+10=22.

 
                                                   (Cf: https://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre Pentagonal)
 
 
Nombre Pentagone 22 de raison 4
 
Suite naturelle des Nombres:
1 2 3 4
Série des nombres composants ou “différences”:
1 + 4 + 7 + 10
Série des Nombres Pentagones:
1 5 12 22
 
Les points des diagrammes arithmologiques ont été remplacés par de petits losanges.
Ont aussi été surajoutés à la main des traits reliant:
  • les nombres composants afin de les mettre en évidence;
  • les Quatre Enceintes successives des Nombres composants les unes aux autres afin de souligner visuellement leur ordre de succession: d’abord 1 puis 4 puis 7 et enfin 10.
Elle s’insère dans la disposition arithmologique globale des 78:

 
Les 78 cartes du Tarot (1+2+3+4+5+6+7+8+9+10+11+12) sont  représentées par des losanges disposés  en  un triangle rectangle isocèle  (Cf: Renvoi en fin de  bas de page: définition et construction).
 
                  ● 40 numérales [10x4]: 10 est un Nombre Triangle de base 4
                  ● 16 figures [4x4]): 16 est un Nombre Carré de base 4
                  ● 22 sujets allégoriques [1=4=7=10]: 22 est un Nombre Pentagone de base 4
 
La méthodologie requiert que les Triomphes soient disposés comme si l’on ignorait leur valeur iconographique ou ludique en ne tenant compte que de leur valeur ordinale c’est à dire de la première à la vingtdeuxième position dans l’ordre de la génération du Nombre Pentagonal 22.

 
 
1
2+3+4+5
6+7+8+9+10+11+ 12
13+14+15+16+17+18+19+20+21+ 22
 
III. Le problème de l’ordre des Atouts
 
Le problème de l’Ordre des Atouts rend complexe et délicat le remplacement des nombres ordinaux du Nombre pentagonal 22 par le sujet allégorique correspondant dans la séquence des triomphes.
 
Je suis redevable à Michael Hurst lors de son «examen critique» de ma théorie de la séquence des Atouts en 1+4+7+10=22 d’avoir attiré mon attention sur les travaux de Michael Dummett [The Game of Tarot and the 1985 FMR article, Tarot Triumphant] ainsi que sur l’analyse du «Problème de l’Ordre des Atouts» de Thierry Depaulis dans «Tarot, Jeu et Magie»:

«Ses analyses [celles de M. Dummett], particulièrement celle publiée dans «The Game of Tarot» ne sont pas si différentes de l’analyse que vous présentez ici. (Les différences sont seulement votre bizarre placement du Fou et votre ségrégation du Bateleur). Tous deux, vous divisez les Triomphes au Pape et à la Mort, ce qui donne un regroupement tout à fait intelligible des séries en trois types de sujet. La seule différence «apparente» entre vos deux analyses, c’est que vous vous concentrez sur ce qui accessoire, le nombre d’images dans chaque groupe, tandis que Dummett se fixa sur ce qui est essentiel, le type de sujet dans chaque groupe» (Michael Hurst, LTarot: «Alain’s 1+4+7+10 theory»)
(Cf: Note 2)
 
Les quatre enceintes du Nombre Pentagonal structurent les 22 sujets allégoriques du Tarot en Quatre groupes successifs:
 
1 + 4 + 7 + 10 = 22
 
La progression ordinale est donc:
1, 5, 12, 22
 
Première enceinte:
1
 
Deuxième enceinte
2, 3, 4, 5
 
Troisième enceinte
6, 7, 8, 9, 10, 11, 12
 
Quatrième enceinte
13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22
 
Que M. Hurst considère comme incident, le Nombre, et comme essentiel, l’Image, n’est pas ici l’important – même si la croyance de M. Hurst en une primauté du Signifié (l’Image) sur le Signifiant (le Nombre) relève davantage de la subjectivité que de l’objectivité: comment sinon rendre compte de la séquence 22 quant il s’agit des poèmes de Boïardo ou des 22 Figures du Sola Busca?
 
Rien n’interdit de penser que la prédominance finale de la structure en 78 cartes se décomposant en 22 Atouts, 56 cartes (4×10+4×4) appartienne au registre de la contingence donc du hasard - ces nombres seraient alors purement fortuits et aléatoires. Néanmoins, on l’aura compris, je ne partage pas cette opinion. L’important n’estil pas que l’arithmologie du Nombre pentagonal 22 (aspect quantitatif) coïncide, de façon non fortuite, avec l’analyse historique et symbolique de la série allégorique des Triomphes (aspect qualitatif)?
 
En fait, la seule différence de la séquence pentagonale du Nombre 22 comme 1+4+7+10 avec l’analyse de Dummett en 3 groupes est qu’un membre du groupe constitue un ensemble à lui seul (Le Bagat à l’Alpha) et que le Math est ajouté en dernière position comme vingt deuxième à la fin de la séquence du quatrième ensemble.
 
T. DEPAULIS en 1987 pour sa part examinait 12 ordres différents issus des “jeux existant actuellement”, “des jeux anciens” et “des sources littéraires”; il identifiait une progression communespécifique des Atouts, propre aux différents ordres, en 3 séquences successives sousréserved’exclure les 3 Vertus et le Fol.
 
Séquence 1:
Bateleur, Pape/Papesse, Impératrice/Empereur (avec quelques variations)
 
Séquence 2:
Amoureux, Chariot, Roue de Fortune, Ermite, Pendu (avec quelques variations)
 
Séquence 3:
Mort, Diable, Maison-Dieu, Etoile, Lune, Soleil, Monde, Jugement (avec plusieurs inversions d’ordre pour les deux derniers).
 
La disposition arithmologique positionne les 3 séquences en 4 enceintes:
 
Enceinte 1:
Bateleur
 
Enceinte 2:
Pape/Papesse, Impératrice/Empereur (avec quelques variations)
 
Enceinte 3:
Amoureux, Chariot, Roue de Fortune, Ermite, Pendu (avec quelques variations)
 
Enceinte 4:
Mort, Diable, Maison-Dieu, Etoile, Lune, Soleil, Monde, Jugement (avec plusieurs inversions d’ordre pour les deux derniers)
 
L’analyse des 12 ordres conduit à la mise en valeur dans la séquence des Triomphes de 3 «blocs» (Cf Note 3) - Typologies dites ou A ou B ou C.
 
Or, l’analyse de 1984 de T. Depaulis telle qu’elle avait été exposée dans Tarot, jeu et magie, exposition, BnF a été, en 2013, mise à jour et corrigée par l’auteur dans Le Tarot révélé: une histoire du tarot d’après les documents, 2013, ISBN 9782883750135.
 
Il y a en fait d’autres ordres, que ce soit à l’intérieur de A, de B ou de C: (Cf M. Dumett, The Game of Tarot, pp. 399401) mais les groupes demeurent les mêmes.
 
Progression ordinale en 4 enceintes du Nombre Pentagone 22 spécifique de chacun des 3 ordres (Math non cité) sachant que les 3 Vertus ont des positions ordinalesdifférentes dans chacun des 3 Types: A, B ou C (tels que décrits par T. Depaulis dans Le Tarot Révélé, 2013, p. 25)
 
Type A disposé en 4 enceintes:
T. Depaulis (op. cit.) donne notamment certaines variations dans les Tarots des enceintes 2 et 3 (selon que l’Ordre A soit de Bologne ou de Florence).
 
1. Bateleur/
2. Impératrice/Empereur/Papesse/Pape/ (avec quelques variations)
3. Amoureux/Chariot/Tempérance/Justice/Force/Roue de Fortune/E rmite/Pendu/ (avec quelques variations)
4. Mort/Diable/Maison-Dieu/Etoile/Lune/Soleil/Monde/Jugement
 
Remarque:
La difficulté est que l'enceinte 3 possède 8 tarots et non pas 7 tandis que l'enceinte 4 en compte 8, ou 9 et non pas 10 même si le Fol était ajouté, malgré le manque de documentation à ce sujet.
 
Conclusion: le Type A ne correspondrait pas à la séquence 1+4+7+10 = 22 avec le Bagat à l’Alpha et le Math à l’Oméga.

Nota: M. Howard (Cf: http://letarot.it/page.aspx?id=608&lng=ENG ) a, néanmoins, émis des réserves, à mon sens, pertinentes, quant à la non-adéquation de la division arithmologique 22=1+4+7+10 avec l’Ordre A - en excluant de ce dernier le Tarot sicilien tardif et en positionnant le Pendu à l’alpha de la Quatrième enceinte- réserves que je traduis in extenso ci.   
Finalement, est-ce évident que le Type A soit une exception à la division 1+4+7+10 ?
L'ordre A de Bologne possède les “4 Papi”, tous avec un pouvoir identique de remporter le pli; ceci ressemble beaucoup au groupe de 4 d’Alain. Dans leur ordre de succession, les 3 Vertus font, toutes trois, partie du troisième groupe, associé au nombre 7; c’est là le nombre traditionnellement associé aux Vertus, les 4 cardinales et les 3 théologiques. Mais, à positionner les trois, ensemble, avant le Pendu en fait le 13ème [en position ordinale] - le troisième groupe possède alors un trop grand nombre de cartes et le quatrième, trop peu, même si le Fol est inclus. Voilà pourquoi Alain déduit que le schéma “arithmologique” ne correspondrait pas à l'ordre A.
Toutefois, si le Pendu est mis au commencement du quatrième groupe, alors tout devient correct. Est-ce erroné conceptuellement? La thématique de la dernière section est celle de l’ascension au Ciel. Dans les premières cartes de Type A (le “Charles VI”, le Feuillet Rosenwald, le Feuillet Rothschild), l’homme y est représenté agrippant des sacs de monnaie. Ceci suggère Judas et ses “30 pièces d’argent” pour lesquelles il avait trahi Jésus. Perçue de cette façon, cette carte ne constitue pas seulement l’exception aux normes des ordres B et C, mais est impliquée dans l’ascension au Ciel, qui constitue le thème régissant la dernière section. Dans ce cas, la division 1+4+7+10 correspondrait encore pour l’Ordre A. 

En fait, l’argument de Dummett pour ses trois groupes ne peut spécifier en soi ni à quel groupe le Pendu appartient, ni celui dont fait partie la Mort. Dummett dit (1980 p.394): 
“Ignorant les Vertus, nous pouvons dire que la séquence des Atouts restants se divise en trois segments, un initial, l’autre médian et un dernier - toute variation dans la succession ne prenant place seulement au sein de ces différents segments”. 
Toutefois, là où un groupe se termine et là où le suivant commence ne peut être déterminé par cette méthode -si une carte est invariablement à la même place dans la séquence. Ainsi Dummett positionne la mort dans le dernier groupe dans Game of Tarot, 1980 (p. 399) et dans Il Mondo e L'Angelo, 1993 (p.174) puis dans l’avant-dernier groupe dans “Tarot Triumphant”, 1986 (p. 47). La même chose peut-être dite à propos du Pendu, qui précède immédiatement la Mort dans tous les ordres - l'ordre Sicilien excepté. Il est très probable que le Tarot y fut introduit en 1633-4 par un certain Gouverneur du 17è siècle (Dummett 1980, p. 376); il y a là plusieurs innovations qui ne se retrouvent pas dans d’autres jeux de tarots, même si, peut être, reflétant des séries emblématiques du 17è siècle ailleurs en Italie (1980 p. 3,78). Il n'y a aucune manière de savoir pourquoi et quand l'Hermite fut immédiatement avant la Mort, avec le Pendu, avant l'Hermite (1980, p. 375). On peut donc ignorer ce fait car très probablement non propre aux ordres du Tarot pré-17è siècle. Contrairement à tous les autres Pendus des premiers ordres A, celui-ci, ni ne tient de sacs d’argent ni n’est pendu par les chevilles, la posture caractéristique du traître. L’allégorie avait été perdue. 
 
TYPE B disposé en 4 enceintes:
 
Dans ce cas, Depaulis 2013 donne seulement un ordre, celui de Ferrare:
 
1. Bateleur/
2. Impératrice/Empereur/Papesse/Pape
3. Tempérance/Amoureux/Chariot/Force/Roue de Fortune/Ermite/Pendu/
4. Mort/Diable/Maison Dieu/Etoile/Lune/Soleil/Jugement/Justice/Monde
 
Remarque:
L’on notera toutefois que le Sermones de l’Ordre B positionne le Bagatella (Bateleur) en 1ère position et place le Matto (Math) en lui accolant l’épithète “nulla” sur la vingt-deuxième ligne après le Monde, en 21ème position: Sermones de ludo, circa 1500.
 
Conclusion: le type B correspondrait à la séquence 1+4+7+10 = 22 avec le Bagat à l’Alpha et le Math à l’Oméga.
 
TYPE C disposé en 4 enceintes:
 
Dans ce cas, Depaulis 2013 donne:
- inversions de l'Impératrice et de la Papesse (dans l'enceinte 2)
- de même entre l'Ermite et la Force (dans l’enceinte 3,
selon que l’Ordre C soit d’Italie [Pavie] ou de France.
 
Ci-dessous l'Ordre du "Tarot dit de Marseille" France.
 
1. Bateleur/
2. Papesse/Impératrice/Empereur/Pape/
3. Amoureux/Chariot/Justice/Ermite/Roue de Fortune/Force/Pendu/
4. Mort/Tempérance/Diable/Maison Dieu/Lune/Soleil/ Jugement/Monde
 
Remarque:
Les plus anciennes Règles du Jeu des Tarots en France transcrites par T. DEPAULIS (Cf Note 4) et datées en 1637 (*) énumèrent 22 Triomphes (Cf Note 5): Ce jeu qui est composé de soixante & dixhuict Cartes, se peut distribuer en cinq bandes, la première & la plus noble de toutes appellée triomphes qui sont au nombre de vingt-deux...”. (Anonyme, Les Regles du Jeu des Tarots très probablement rédigées par l’Abbé de Marolles à Nevers et éditées par Jean FOURRE à Nevers en 1637* furent inspirées par Louise Marie de GONZAGUENEVERS**)
(**) Louise Marie de GONZAGUE NEVERS, “inspiratrice” des Règles de 1637:
 
Le Fou analogue à un Triomphe serait par conséquent le vingtdeuxième [le Monde, le 21è et le Bagat le 1er]
 
L’enceinte 3 comporterait 7 Triumphs, et l'enceinte 4, 10 Triumphs.
 
Conclusion: le type C pourrait correspondre à la séquence 1+4+7+10 = 22 avec le Bagat à l’Alpha et le Math à l’Oméga.
 
Conclusion: signification du Math à l Oméga de la séquence arithmologique

Dans la pensée scolastique de l’Eglise, le nombre 22 fait sens.
(Cf: Steve MANGAN sur THF http://forum.tarothistory.com/viewtopic.php?f=11&t=1102&start=340#p17660)

Ainsi Origène, un des Pères de l’Eglise, fut d’abord, avant d’être ordonné prêtre, l’élève d’Ammonios
Saccas, le maître de Plotin - le fondateur du néo-platonisme romain dont l’intégralité des écrits furent publiés par son disciple Porphyre de Tyr sous le nom d’Ennéades.
Origène, historiquement considéré comme le Père de l’exégèse biblique, définissait le Nombre 22 en ces termes:
Dans lordre des nombres, chaque nombre particulier contient une certaine force et puissance sur les choses. Le Créateur de l'Univers a fait usage de cette force et puissance, que ce soit pour la constitution de l'univers lui-même ou pour exprimer la nature de chaque chose telle qu’elle nous apparaît.Il s’en suit, conformément aux Ecritures, que l’on doit observer et calculer ces aspects qui appartiennent aux nombres eux-mêmes. Et en vérité, les livres de la Bible elle-même, tels que les Juifs les ont transmis, sont [au nombre de ] vingt-deux, égal au nombre des lettres hébraïques, et ceci n’est pas sans raison. En effet, vingt-deux lettres [qui] semblent être l’introduction à la sagesse de Dieu et à la connaissance du monde.
(Select in Ps I - PG 12, 1084)
(Cf: A. Quacquarelli, s.v. Numeri, in DPAC, pages 2447-2448) 


Les membres de l‘académie néo-platonicienne de Florence (1459-1521) ne pouvaient l’ignorer: qu’il s’agisse de Marsilio Ficino, de Giovanni Picco della Mirandola, de Giralomo Benivieni ou autres … (Cf http://forum.tarothistory.com/viewtopic.php?f=11&t=1107&p=17190&hilit=Giovanni+Pico+della+Mirandola#p17190)

Les 22 allégories picturales et les 21 Atouts + le Math
De nombreuses listes des Atouts considèrent le Math comme ne faisant pas partie des 21 Atouts quitte à le positionner en position 0 avant le Bagat avec comme progression ordinale:
0 et 1,2,3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13,14,15,16,17,18,19,20, 21
D’où un compte à:
0 [le Math]+XXI Atouts

Le Sermones, la liste la plus ancienne des Atouts positionne le Math - en le qualifiant de NULLA sur
une vingt-deuxième ligne après le Monde, et avant le Bagat
1,2,3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13,14,15,16,17,18,19,20,21 et 0
D’où un compte à: XXI Atouts + NULLA

Les Règles de 1637, les plus anciennes en France, comptabilisent XXII Triomphes 1,2,3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13,14,15,16,17,18,19,20,21 et 22
D’où un compte à:
XXII Triomphes = XXI Atouts + 1 (L’Excuse)

Ces progressions ordinales ne sont aucunement en contradiction avec la génération arithmologique
du Nombre Pentagone 22 à 1+4+7+10.
Au-delà de savoir s’il y a 21 ou 22 Triomphes, les progressions ordinales sont justes sous réserve de percevoir les 22 allégories picturales disposées de façon figurée en un cercle comme un Ouroboros.


On peut alors légitimement compter:
- de la 1ère allégorie à la 22ème: le Bagat est le premier Triomphe et le Math est 22ème après le 21ème, le Monde
ou bien:
- de 0 à la 21ème allégorie: le Math est le 0ème Triomphe, le Bagat est premier et le Monde,
vingt-et-unième

En résumé:
-le Math est 22ème de position ordinale dans un compte de 1 à 22
ou bien
-le Math est 0ème de position ordinale dans un compte de 0 à 21 
 
La position du Fol à l’Omega des ordres B et C après le Monde ne signifie pas le Triomphe du Matto sur le Monde mais suggère l’idée d’un Fou relevant peutêtre de la divine folie voire de la thématique ludique et subversive de la Fêtes des Fous du Moyen Age
«L’autre versant de la Messe des fous au Moyen Age, c’est l’innocence merveilleuse, personnifiée parle FOU, qui supprime le chaos. Le «fou» l’idiot du village, le plus démuni, le plus jeune de la communauté - incarne et fixe le VRAI CENTRE, et c’est par lui que l’on chasse le bouc émissaire».
«La Messe des Fous se déroule dans la cathédrale, cadre idéal, car son architecture réunit toute la grandeur théologique médiévale et la vie des masses qui se sont conjuguées pour l’élever. Néanmoins nous savons par les travaux de Julio Caro Banoja que les Fêtes des Fous ont vite gagné la rue: le peuple participait à ces fêtes qui n’étaient pas le seul apanage de clercs initiés. Les mouvements religieux de masse au Moyen Age étaient surtout mobilisés par la maladie, la famine ou le désespoir; ils ont laissé peu de traces sur les institutions ou la pensée médiévale. Pourtant, la foule itinérante, en quête de surnaturel et de miracle, «s’animait d’une grande confiance en ellemême, affichant un mépris pour toute discipline traditionnelle et toute contrainte. Son zèle l’entraînait à faire fi des structures de l’Eglise, à briser les barrières entre le peuple analphabète et les puissants lettrés, elle n’hésitait pas à dénoncer les choses à venir» (R. W. SOUTHERN, Western Society and the Church in the Middle Ages, p. 308). La Messe des Fous recueillera aussi l’énergie créatrice de ce peuple sans écriture».
Berry Hayward, La Messe des Fous.
 
Placée dans une perspective carnavalesque, la figure du Bouffon serait à lier à celle des processions festives triomphales de la seconde moitié du XV è siècle.
 
«Le Bouffon n’estil censé évoluer en dehors de la procession carnavalesque, la suivant et s’agitant le long du défilé» comme le Fol du Tarot dit de Charles VI?
 
 
 
Nota bene
 
Pour de plus amples informations, consulter la discussion de la thèse sur:
 
Bibliographie sélective:
 
          ● The Order of the Triumphs, In ancient tarot cards and in XVIth century documents
By Andrea VITALI
Translation by Michael S. HOWARD
 
          ● Nicomachus of Gerasa, Introduction to Arithmetic,
English translation by Martin Luther D’Ooge, with Studies in Greek Arithmetic, by Frank Egleston Robbins and Louis Charles Karpinski, London: Macmillan and Company, Ltd, 1916.
 
         ● The astral origin of the Soul, A Neoplatonic myth in the iconography of a few cards of the Triumphs
 
        ● The Astral Journey of the Soul, Porphyry and Plutarch in the context of the medieval cosmograph
 
Notes
 
(1) L’examen du Tarot (...) ne peut que souligner son lien étroit avec le courant philosophique du syncrétisme de la Renaissance florentine où s’élabora l’idée selon laquelle la révélation platonicienne apporterait la vérité définitive.
….
Le syncrétisme platonicien s’enrichira massivement des apports en provenance des philosophes byzantins (a) qui fuient Constantinople peu avant qu’elle ne soit définitivement prise en 1453 par les Turcs Ottomans menés par Mehmet II le Conquérant.
En effet, dès les années 14381439, le Congrès de Ferrare-Florence voit les échanges entre les intellectuels byzantins et latins prendre de l’ampleur.
“... Les contacts entre Grecs et Latins s’accentuent (...) Bon nombre de savants et de lettrés byzantins émigrent vers l’Occident dès le début du XV è siècle et avant tout vers l’Italie où le Congrès de Florence fut un exceptionnel point de rencontre.
[Ces derniers] transportèrent avec eux bon nombre de manuscrits dans lesquels une majorité d’oeuvres antiques … les apports permirent de partir à la redécouverte de l’Antiquité”.
(A. DUCELLIER, Les Byzantins)
 
(a) Ainsi, parmi les plus illustres,
  • Jean Argyrotopoulos, cofondateur de l’Académie de Constantinople qui se retire en Italie en 1434 puis enseigne à Florence
  • Gémiste Pléthon qui y séjourne en 1440 dont les thèses proches du platonisme absolu inspirèrent l’humaniste Marcile Ficin, fondateur de l’Académie platonicienne
 
(2) Pourtant, l’analyse “critique" de M. Hurst ne l’empêcha pas ultérieurement de reconnaître un intérêt certain à la vision arithmologique du Tarot:
Michael Hurst:
"I recommend Alain Bougearel's 78 card analysis as particularly attractive, conceptually neat, generally charming, and quite devoid of explanatory value". (Tarot History Forum)
Je recommande l’analyse des 78 cartes du Tarot par Alain Bougearel comme particulièrement attractive, conceptuellement propre, globalement attrayante et tout à fait dénuée de valeur explicative.
 
(3)  Michael Dummett a montré qu’en Italie, berceau du tarot, dès les premières années de la diffusion du jeu à partir d’un foyer unique, trois «branches» ou «écoles» s’étaient formées, caractérisées par des ordres des atouts légèrement différents.
L’une de ces «écoles» peut être localisée à Florence (et Bologne), l’autre à Ferrare, la troisième à Milan.
Dummett les a nommées «ordres» A, B et C.
L’ordre A se retrouve à Florence (le minchiate) et à Bologne (où l’on joue encore aujourd’hui), puis s’est diffusé vers le Sud, jusqu’en Sicile (le tarot sicilien en porte encore la trace).
L’ordre B semble s’être limité au Nord, à partir de Ferrare: on le trouve à Venise et à Trente.
L’ordre C paraît centré sur Milan et le Milanais. C’est à lui que se rattache le Tarot «de Marseille».
Ce dernier n’est donc qu’une branche parmi les trois (voire quatre: il y a une branche «savoisienne», hybride A et C, qui a survécu longtemps en Savoie et Piémont, unis en un seul pays jusqu’en 1860).
Et même en France, on ne peut négliger la tradition du Tarot «belge» (dite aussi  «Rouen/Bruxelles»), disparue au XVIIIe siècle sans laisser beaucoup de trace. Iconographiquement, elle est très différente de celle du Tarot de Marseille. Sa circulation reste mystérieuse”.
(T. DEPAULIS, Les Tarots et leur histoire, 2013
 
(4)  Cette datation est reprise dans Lois et règles de jeux pour l’esprit et le bonheur des hommes par Manfred Zollinger: http://expositions.bnf.fr/jeux/arret/03_3.htm
 
Transcription d’après l’original conservé à la Bibliothèque nationale de France par Thierry DEPAULIS des “Règles du Jeu des Tarots”.
 
L’ouvrage est imprimé à Nevers, France en 1637.
 
L’auteur est anonyme; toutefois T. DEPAULIS en attribue la paternité à l’Abbé de Marolles.
 
Les “Règles du jeu des Tarots” furent “inspirées” par la Princesse Louise-Marie de GonzagueNevers, fille du Duc de Mantoue lors du séjour de Michel de Marolles à Nevers qui les écrivit durant l’été 1637 et les confia à Jean FOURRE qui les édita à Nevers la même année.
(Episode relaté par T. DEPAULIS dans l’Introduction de "Quand l’abbé de Marolles jouait au Tarot", Le Vieux Papier, juillet 2002
Cf. pp. 209-214 des Mémoires de Michel de Marolles, Abbé de Villeloin, avec des notes historiques et critiques; imprimé à Amsterdam, 1755)
 
T. DEPAULIS (op. cit.) corrige la Notice ainsi:
[MAROLLES, Michel de], Regles dv iev des tarots, s.l. [Nevers]: s.n. [Jean Fourré], s.d. [1637]
(BnF, Mss., Dupuy 777, f°9497).
 
Néanmoins, on remarquera que dès 1585, dans le Triomphe du Berlan de PERRACHE sont déjà textuellement présentes certaines expressions spécifiques plus tard littéralement reproduites à l’identique dans La Règle de l’Abbé de Marolles, dite de 1637.
“Ainsi, trois publications des années 1580 usent de termes qui sont en pleine concordance avec les “Regles dv iev des tarots” de l’abbé de Marolles (1637).
Outre le vocabulaire de base – mat, bagat, deniers, bâtons, triomphes, écart – qui est déjà courant en français, on rencontre des expressions ou des situations qui s’accordent pleinement avec ce que nous enseigne un texte légèrement postérieur.
Les comptes d’Henri de Navarre confirment le choix du jeu à trois.
On est donc en droit de penser que des pratiques très semblables - jeu à trois sans enchères, écart effectué par le donneur, importance des combinaisons (quatre rois, sept tarots), fou servant d’excuse, forte valeur (5 points) accordée aux rois, compte des points avec seuil à 20 - avaient cours au moins dans le dernier quart du XVIe siècle sinon plus tôt.
Henri de Navarre est béarnais, ses partenaires sont gascon, charentais ou champenois; Tabourot est bourguignon, Perrache est provençal, Gauchet est francilien, ces troislà font paraître leurs livres à Paris: tout laisse à croire que ces règles étaient connues dans une bonne partie du royaume”.
 
(5) Dans la Règle de 1637 (probablement en usage dans le dernier quart du XVI è siècle: cf Note 4), le Math fait nécessairement partie des 22 Triomphes:
 
(...) la première & la plus noble de toutes appellée triomphes qui sont au nombre de vingtdeux
 
Il est cité systématiquement après le Monde et avant le Bagat:
 
"La beauté de ce jeu est d'auoir force triomphes & principallement les hautes auec le Monde, le Math, & le Bagat, & quelques Roys: par ce qu'auec les triomphes on surmonte tous les efforts des quatres [sic] peintures,quand on y fait des renonces. Et par le moyen du Monde, Math, & Bagat, & les Roys, on se fait payer autantde marques de chacun que lon en peut leuer en joüant, à cause de quoy on les nomme Tarots par excellence. Ettoutes les fois qu'ils paroissent dans le jeu, il leur faut payer le tribut ou eux mesmes sont contraints de payer larençon s'ils tombent entre les mains de leurs ennemis, c'est à dire que celuy qui les perd donne vne marque àchacun".
 
"Et d'autant que la valeur des cartes est aussi considerée lors qu'il faut desconter a la fin du coup, il est necessaire de sçauoir que chacun des sept Tarots vaut cinq points, s'il est joinct auec deux autres cartes de nulle valeur. Les Roynes valent quatre: les Cheualiers trois, & les Faons deux, se trouuans pareillement chacuns accompagnez de deux cartes sans prix. Et vne main toute simple vaut vn point.
 
Or afin de ne perdre aucune de ces cartes à la fin du coup, il est requis que chacun des trois pesonnes qui joüent aye vingtcing [sic] de ces points dans son jeu: car s'il en perd cinq il payera vne marque à celuy qui les gaignera: S'il en perd dix, il payera deux marques, & s'il en perd quinze, il payera trois marques: mais s'il n'en perd que trois ou quatre il ne payera rien: & tout de mesme s'il n'en perd que sept, huict, ou neuf, il ne payera qu'vne marque: & dans ce descompte les triomphes, excepté le Monde, le Math, & Bagat, sont de nulle valeur pour les points que i'ay dits.(...)
 
Le Math servant d'Excuse est considéré comme faisant partie des 7 Tarots:
"Monde, Math, & Bagat, & les Roys"
 
"(...) excuse se faict auec la carte du Math, qui est vn des sept Tarots, qui ne prend point & ne peut estre pris"
 
Le Math fait partie des Hautes:
“(...) les hautes auec le Monde, le Math, & le Bagat
"(...) trois Tarots, Monde, Math, & Bagat"
 
(T. DEPAULIS, Les Règles du Jeu des Tarots, 1637: http://www.tarock.info/depaulis.htm)
 
Commentaire
 
Pourquoi donc le Math futil expressément nommé comme faisant partie des Triomphes en portant leur nombre à 22 et cité après le Monde et avant le Bagat parmi les Hautes tout en conservant sa fonction spécifique d’Excuse?
Le Math servant d’Excuse est décrit comme “ne prenant pas et ne pouvant être pris”.
 
Les Règles ultérieures elles énuméreront 21 Atouts + l'Excuse.
 
La contradiction ne serait qu’apparente si l’on tient compte de l’hypothèse suivante:
une éventuelle réminiscence de l'ancienne valeur du Matto à qui est accolée l’épithète “nulla” dans l’Ordre B, circa 1500, où il est positionné sur une vingt deuxième ligne après le Monde et avant le Bagat, que la stratégie finale du jeu était de marquer le plus de points possible et si possible tous ce qui ne sera le cas pour le joueur qui a l’Excuse dans son jeu, que s’il la joue au dernier pli comme en cas de Chelem.
Ainsi Le Math, s’il ne peut prendre et ne peut être pris, néanmoins, fera tous les points du jeu et emportera alors le dernier pli.
 
L'on peut inférer rationnellement que cette fonction particulière du Math servant d'Excuse pour un joueur ayant l’Excuse dans sa main remportant tous les points donc nécessairement le dernier pli (et par conséquent tous les plis comme en cas de Chelem) étaitpossiblement en usage en 1637 ou avant (1580) même si, dans l'état actuel de la recherche historique, les documents manquent.
Ainsi par exemple l'on sait désormais que jouer aux tarots était une “tradition familiale” chez Henri de Navarre.
Il est quasiment impossible qu'au cours de toutes ces parties ne se soit pas présentée la possibilité de gagner tous les plis pour un joueur ayant l’Excuse dans sa main.
Une manière de réaliser ce que l'on appellera ultérieurement le Chelem étant de jouer l'Excuse au dernier pli après le Petit à l'avant dernier pli.
Que les rédacteurs de Règles n'aient pas noté cette stratégie ultra gagnante n'empêcha, à mon sens, nullement la connaissance empirique de cette spécificité par les joueurs avertis …
De plus, sachant que la pratique ludique précéde toujours l’édition de Règles et que ces dernières sont éditées circa 1580 dans toute la France, on peut réduire la probabilité à zéro, pour un joueur quelconque, vu le nombre de parties jouées et le nombre de joueurs dans le royaume, de ne pas avoir remporté tous les points avec l’Excuse dans sa main. Dans ce cas, le privilège d’avoir remporter tous les points jusqu’au dernier en faisant tous les plis aurait bel et bien pu être récompensé par l’attribution d’un Bonus.
La rareté de ce que l’on nommera ultérieurement Chelem (nomenclaturé de nos jours avec annonce obligatoire) n’invalide donc en aucun cas la multiplicité des parties avec le Fou servant d’Excuse remportant tous les points donc tous les plis et par conséquent aussi le dernier pli comme un Triomphe (et c'en est un même le plus beau: tous les plis étant alors remportés) compte tenu, en France à l’époque, du grand nombre de joueurs et par conséquent du nombre élevé de parties jouées.
 
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1 Renvoi de bas de pages:
 
Définition
 
Un triangle rectangle isocèle aussi appelé isocèle rectangle possède deux côtés adjacents à l’angle droit de même longueur avec  donc à la base, deux angles à 45°.
 
Construction géométrique d’un nombre triangulaire à partir d’un carré coupé diagonalement
 
Représentation géométrique du Nombre triangulaire de base 12 = 78
La représentation géométrique  de nombres triangulaires se réalise à partir d'un carré coupé diagonalement.
 
La représentation  géométrique du nombre triangulaire de base 12 (1+2+3+4+5+6+7+8+9+10+11+12=78) est donc obtenue à partir d'un carré de base 12: [12 au carré = 144], coupé diagonalement.
La diagonale divise alors le carré initial en deux nombres triangulaires inégaux: 78 de base 12   et 66 de base 11 -[78+66=144].
Le plus grand des deux est celui du Nombre triangulaire 78 de base 12.
(Remerciement à Jean- Michel DAVID pour ces précisions: http://www.tarotforum.net/showthread.php?t=29707&page=4)